Discours et allocutions de l`Ambassadeur

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Article de l’Ambassadeur de Russie en Suisse Igor Bratchikov paru dans les colonnes du journal « Le Temps » le 1 avril 2009

POUR LA RUSSIE, l’ISOLATIONNISME N’EST PAS UNE VOIE d’AVENIR

La crise financière n'épargne pas la Russie. Son économie est frappée, même de façon très sévère. Mais la crise a aussi mis en lumière nos propres problèmes. Je sous-entends notre  dépendance exagérée à nos exportations de matières premières et le secteur  financier dont le développement laisse encore à désirer.

Nous avons certes tenu compte de ces lacunes bien avant la crise. C’est pourquoi les difficultés économiques actuelles n’ont pas ébranlé notre stratégie. Bien au contraire, elles nous incitent à chercher des solutions  encore plus activement. En plus, nous pouvons nous appuyer sur les réserves financières importantes qui ont été acquises ces dernières années. Nous prenons actuellement des mesures visant à soutenir la demande intérieure, créer de nouveaux emplois, diminuer des impôts pour le secteur productif. On peut même dire que la crise nous donne paradoxalement une motivation supplémentaire pour moderniser l’économie nationale de façon accéléree. Nous sommes obligés d'optimiser les dépenses publiques, mais je tiens à souligner que les engagements sociaux pris par l’Etat devant la population ne seront pas révisés. C’est le choix bien réfléchi de notre gouvernement.

Le système des relations internationales traverse maintenant le moment crucial de l’étape transitoire de son développement. La crise de la gouvernance globale est en train de s’aggraver. Les bouleversements financiers et économiques témoignent de l'extension de cette crise à ses fondements matériels. La Russie est ouverte à une  coopération internationale pour passer à un  modèle basé sur les principes de la multipolarité, de l’égalité et du respect mutuel des Etats souverains. Dans ce contexte, nous saluons l’approche multilatérale de la résolution des problèmes, y compris dans le cadre du G20.

La crise a frappé tous les pays quel que soit leur système politique et économique. La sortie de crise dépendra des efforts que chacun fait au niveau national ainsi que de la coordination au niveau international. L’interdépendance des économies est évidente. C’est pourquoi il est clair que personne ne parviendra à sortir de la crise «en solitaire».

L’égoisme économique et l’isolationnisme ne sont pas la voie vers l’avenir. Il faut dire qu’en situation de crise, il est extrêmement difficile d'éviter un certain renforcement des tendances protectionnistes. C'est plus simple et séduisant à mettre en place. Le revers d'une telle attitude est qu’elle est comparable à l’élimination d'un mal de tête par la guillotine alors que l'idéal est une remise en forme progressive et durable. Un certain protectionnisme pourrait être justifié à condition qu’il se prenne dans des conditions spécifiques.

Il est important de renforcer les régulateurs globaux basés sur le droit international et des accords multilatéraux. Faute de quoi le monde multipolaire auquel nous aspirons risquerait de sombrer dans le chaos et l’imprévisibilité. Cela dit, il est indispensable de repenser le rôle des principales organisations et institutions internationales. Celles-ci doivent refléter objectivement les réalités de l’économie mondiale. Leur rôle doit être notamment de minimiser les risques de l’éclatement de nouvelles crises et de se porter garantes d’une architecture économique mondiale équitable et efficace. Dans ce contexte, nous mettons nos espoirs dans les prochaines discussions au sommet du G20 à Londres. Je ne pense pas qu’il soit facile de trouver un opposant à ces idées. Ce qui compte, c’est la détermination réelle (au-delà des idées) de tous les participants à travailler ensemble et de manière constructive pour s’avancer dans cette direction.

Pour ce qui est de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), nous sommes convaincus qu'elle a aussi un rôle à jouer dans la reprise.  La Russie n'en fait pas encore partie à cause des demandes exagérées de certains membres. Nous posons la question : ces derniers  sont-ils prêts à l’objectivité en la matière? Ou bien se sentent-ils plus à l’aise en tenant la Russie dans  l’antichambre de l’organisation? Mais malgré des attitides peu constructives, notre pays se comporte en partenaire responsable et tout à fait adéquat lors des négociations d’adhésion.

Les contours du monde d’après-crise dépendront beaucoup des décisions qui sont en train d’être prises aujourd’hui. Sa stabilité dépendra de l’accès garanti de tous les pays aux ressources vitales, aux nouvelles technologies et aux sources de développement. Il est extrêmement important, par exemple, que la future économie mondiale ne souffre pas de la pénurie banale des ressources énergétiques. La sécurité énergétique réelle ne peut être bâtie que sur des principes d’interdépendance. Je parle de l’élaboration d’une nouvelle base législative internationale qui pourrait lier les consommateurs et les producteurs au sein d’un partenariat énergétique uni.

Le nouveau système sécurisé de relations entres les Etats, l’unification des efforts sur la base de valeurs morales essentielles pourraient nous servir de gage sur la voie de la construction d’un monde d’après-crise équitable. La tâche primordiale est de trouver la confiance mutuelle. Je crois que le prochain sommet du G20 va nous permettre d’avancer dans cette direction.


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